Skip to content

Y EN AURA PAS DE FACILE…

Comme nous l’avons vu dans un premier billet, en l’espace de sept années, le budget du gouvernement du Québec est passé d’un surplus 7,7 milliards $ à un déficit de 11, 4 milliards $. Ce grand écart de 19,1 milliards $ s’explique par diverses raisons, mais la principale est que le gouvernement de la CAQ a cherché à combler les importantes lacunes apparues dans les services de santé et d’éducation et dans l’entretien des services publics. Un 2e billet a montré qu’il sera très difficile pour le ministre des Finances de revenir à l’équilibre budgétaire d’ici 4 ans.

À moins d’une année de la prochaine élection québécoise, le contexte politique est peu propice à un resserrement budgétaire draconien. Le gouvernement a déjà annoncé des réductions de budgets ou de services dans différents domaines mais, vraisemblablement, il laissera l’odieux de faire des ajustements plus substantiels au parti vainqueur des prochaines élections. C’est ainsi que la réduction équivalente à 5 000 postes à temps plein dans la fonction publique annoncée par la présidente du Conseil du trésor, le 3 décembre, et présentée comme un « traitement de choc » n’entrainera selon les estimations du Conseil du trésor que 375 millions $ d’économies. On est loin du 11,4 milliards $ à combler.

Si c’est un autre parti que la CAQ, il pourra toujours, comme il est d’usage en de telles circonstances, invoquer la mauvaise gestion de cette dernière pour rajuster les dépenses à la baisse et les revenus à la hausse. Mais ce procédé a ses limites et il réussira difficilement à justifier des mesures pouvant éliminer un déficit qui pourrait être encore plus élevé que celui du budget 2025-2026.

La tentation sera forte de ne rien faire de radical et de plutôt attendre, ce qui ne saurait tarder, que les agences de notation menacent de baisser la cote du Québec et que le gouvernement doive payer un taux d’intérêt plus élevé sur ses emprunts. C’est ce qui avait justifié le gouvernement Bouchard de lancer un programme de mise à la retraite qui a eu de sérieuses conséquences sur les services publics.

Mais peu importe la justification ou l’élément déclencheur, il sera difficile d’éviter aux Québécois des périodes de restriction et d’austérité comparables à celles qui ont été déclenchées toutes les fois que les déficits et la dette atteignaient des niveaux inquiétants et qu’une décote menaçait.

Pour éviter un tel purgatoire, il faudrait rapidement que l’économie québécoise devienne plus innovante, plus concurrentielle et plus productive. Si le passé est garant de l’avenir, ces changements risquent de se faire attendre.

La croissance des revenus et du niveau de vie de l’après-guerre et les généreuses réformes sociales de la Révolution tranquille ont incrusté chez une large partie de la population la conviction que tous les besoins et les désirs pouvaient être satisfaits. Or, la population du Québec et son gouvernement sont confrontés à cette vérité désagréable que, les ressources étant limitées, des choix doivent être faits quant aux besoins et aux désirs à satisfaire.

Plus fondamentalement, la population québécoise doit réaliser que même si le gouvernement renonçait à équilibrer son budget et décidait de s’endetter davantage, il serait très difficile voire impossible de répondre à l’ensemble des attentes à son endroit. C’est un réflexe normal de tout ramener à une question de moyens budgétaires et financiers. En réalité, même si sa capacité de taxer et d’emprunter était illimitée, le gouvernement se buterait à un mur infranchissable, à savoir que la capacité de production de biens et de services des Québécois est dépassée par la variété et l’ampleur de ce qu’on en attend.

Contrairement à ce qu’on pense généralement, ce ne sont pas les ressources financières, matérielles et naturelles qui manquent le plus, mais les personnes en mesure d’accomplir les tâches requises. Les déboires du gouvernement actuel en matière de santé et d’éducation sont très révélateurs à cet égard. Ce n’est pas faute d’avoir beaucoup augmenté les budgets et les effectifs dans les réseaux. Malgré ce surcroit de ressources humaines la situation semble avoir empiré. On peut bien demander au gouvernement d’ouvrir davantage des postes dans les réseaux, mais déjà ceux-ci parviennent difficilement à combler les postes existants et à retarder les départs volontaires et les prises de retraite. Au-delà de la comptabilité budgétaire, le Québec est aux prises avec une rareté de main-d’œuvre qui fait en sorte qu’il est impossible de répondre à l’ensemble des besoins que la population voudrait voir satisfaits. Le saupoudrage des ressources humaines et budgétaires ne peut conduire qu’à des résultats médiocres dans tous les domaines de l’action gouvernementale.

Si aucune correction n’est apportée à la trajectoire budgétaire empruntée par le budget au cours des dernières années, le Québec arrivera bientôt à un déficit qui causera des difficultés de financement. Cette perspective est d’autant plus inconfortable que la persistance de la guerre tarifaire risque de rendre la situation économique beaucoup moins accommodante qu’elle ne l’a été depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ.

En somme, il n’y a pas de prescription miracle pour le mal budgétaire québécois. Seulement la potion amère qui consiste à prendre acte de nos moyens limités, d’établir des priorités en conséquence et de renoncer aux choses qui ne sont que souhaitables.

Note : Ce billet et les deux précédents sont tirés d’un document expliquant en détail les calculs et les hypothèses sur lesquels reposent les constats effectués. Les trois billets ont aussi été publiés sur le blogue Idéations.

Crédit image : Steve Buissinne /Pixabay

Publié dansfrançaisPolitique québécoise

Soyez le premier à commenter

Laissez un commentaire. Nous sommes impatients de savoir ce que vous pensez !