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PAS FACILE DE GOUVERNER

Un billet précédent a abordé la question de l’écart de 19,1 milliards $ entre le surplus du dernier budget du Parti libéral du Québec et le déficit du dernier budget de la Coalition Avenir Québec. Différents facteurs ont pu provoquer cette grave détérioration du budget québécois, mais deux ressortent du lot, soit au premier chef l’augmentation des effectifs et de la masse salariale et en deuxième lieu les dépenses de restauration des infrastructures publiques.

Il serait tentant ans d’accuser le gouvernement de mauvaise gestion. Pourtant, du côté des revenus, il a réussi à augmenter ses recettes fiscales et on ne peut guère lui reprocher la baisse des transferts fédéraux et des dividendes provenant des sociétés d’État. Tout au plus peut-on penser que n’eut été du plafond imposé par le premier ministre aux augmentations des tarifs d’électricité, Hydro-Québec aurait été en mesure d’augmenter son dividende.

Il est possible aussi d’être indulgent à l’endroit du gouvernement pour la hausse des dépenses de capital. Dans ce cas, il a hérité des fruits de l’austérité budgétaire du gouvernement précédent et il n’a guère eu d’autre choix que d’entreprendre une coûteuse remise en état des infrastructures publiques.

Un rattrapage semblable a aussi forcé le gouvernement à procéder à l’embauche de près de 100 000 nouveaux effectifs dans les réseaux de la santé et de l’éducation et, malgré ses engagements à l’effet contraire, de quelque 12 000 nouveaux fonctionnaires dans les ministères et organismes. En augmentant les effectifs, le gouvernement répondait aux demandes pressantes et incessantes de la population. Aurait-il pu les augmenter moins? Certes, mais à tous les jours on lui reproche plutôt le manque de personnel partout dans les réseaux de la santé, des services sociaux et de l’éducation de même que dans les autres services à la population.

Cet important ajout d’effectifs s’est traduit par un accroissement proportionnel de la masse salariale qui ressort comme le principal facteur pouvant rendre compte de l’aggravation budgétaire. L’impact budgétaire aurait été encore plus négatif si le gouvernement n’avait pas réussi à contenir les augmentations salariales en bas du taux de l’inflation.

En somme, il est permis de penser que, d’un gouvernement à l’autre, on peut tenter d’infléchir la réalité, mais tôt ou tard elle s’impose. Ainsi, grâce à la rigueur budgétaire du gouvernement du Parti libéral, le gouvernement de la CAQ a pu profiter d’une confortable marge de manœuvre budgétaire à son arrivée aux commandes de l’État. Mais il s’est vite avéré qu’il ne pouvait poursuivre sur la lancée de son prédécesseur. L’austérité avait laissé d’importantes carences dans les services publics et les infrastructures qui ne pouvaient être ignorées bien longtemps. Le gouvernement a dû ouvrir les vannes avec le résultat d’un solde budgétaire en chute libre et, en prime, une décote par une agence de notation.

Bref, les politiques du gouvernement dans divers domaines sont peut-être contestables, mais, si le déficit a explosé, c’est parce qu’il a fait ce qu’il devait faire ou ce qu’on lui demandait et qu’on lui demande toujours de faire.

Il n’y a aucune raison de penser que les dépenses budgétaires pourraient baisser d’elles-mêmes dans un avenir proche. Au contraire, non seulement les carences en matière de soins de santé, d’éducation et d’infrastructures sont loin d’être comblées, mais elles ne sont pas les seules questions pour lesquelles les citoyens appellent le gouvernement à la rescousse. En voici une liste partielle:

  • La hausse du coût de la vie, notamment dans l’alimentation et l’habitation,
  • Les effets des tarifs américains sur la viabilité de plusieurs industries,
  • L’insuffisance des soins et des services offerts aux itinérants, aux Autochtones, aux personnes âgées, aux femmes, aux enfants, aux malades, etc.
  • Le manque de services de garderie
  • La précarité des médias traditionnels,
  • Les difficultés du secteur culturel,
  • Les trop longs délais administratifs en immigration,
  • Les insuffisances du transport en commun,
  • La dévitalisation des régions,
  • La survie des caribous forestiers et de la rainette faux-grillon,
  • Etc.

Dans sa mise à jour budgétaire du 25 novembre 2025, le ministre des Finances a évoqué le retour à l’équilibre budgétaire d’ici la présentation du budget 2029-2030. Il mise, cela va de soi, sur des dépenses croissant moins vite que les revenus. Si le ministre ou son successeur éventuel respectent ce plan de redressement budgétaire, il ne fait pas de doute que bien des souhaits et des besoins resteront insatisfaits.

Les perspectives ne sont pas plus reluisantes du côté des revenus. La charge fiscale des Québécois étant déjà parmi les plus élevées au monde, on voit mal comment elle pourrait augmenter plus que marginalement. Sans compter que, si aucune trêve tarifaire n’intervient bientôt avec les États-Unis, l’activité économique ralentira et le gouvernement devra composer avec des rentrées fiscales réduites.

En somme, en dépit des espoirs du Ministre, le mal budgétaire de l’État québécois pourrait bien ressembler par sa persistance à la Covid longue et par sa progression à un cancer fulgurant.

Un prochain billet tentera de voir s’il est possible de sortir de cette impasse sans trop de pleurs et de grincements de dents.

Jean-Claude Cloutier

Publié dansÉconomie québécoisefrançaisPolitique québécoise

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