Plusieurs pensent que l’ONU a besoin de réformes. Par exemple, Bob Rae, qui a quitté dernièrement ses fonctions d’ambassadeur du Canada aux Nations Unies, a soutenu dernièrement que cette organisation souffre d’un problème structurel, que son conseil de sécurité ne fonctionne pas et qu’elle est devenue dysfonctionnelle par les droits de veto trop nombreux. Il y a trop de résolutions qui ne veulent rien dire et qui se répètent. L’ONU souffre aussi d’un sous-financement chronique. [1]
On peut mettre en lumière ses propos en soulignant les nombreux conflits mondiaux et les turbulences diplomatiques qui semblent empirer depuis quelques années. L’organisation a échoué à éviter plusieurs crises que nous visons, faute de moyens. On doute maintenant de son efficacité à nous faire éviter des conflits majeurs.
Pour mieux comprendre, il faut poser trois questions essentielles : l’ONU est-elle essentielle ? Quels sont les véritables problèmes ? Quelles sont les solutions possibles ? Voici quelques pistes de réponses.
Le besoin d’une organisation pour assurer la paix et les droits humains
La diplomatie sera toujours préférable à une guerre coûteuse sous tous ses aspects, bien qu’elle n’ait jamais eu tous les succès escomptés pour éviter les guerres. Rappelons que la Société des Nations (SDN), ancêtre de l’ONU, n’a pas empêché la Seconde Guerre mondiale. Rappelons aussi que la Conférence internationale de la paix de 1899 à La Haye avait eu lieu tout juste avant la première guerre mondiale.
Toutefois, ces efforts qui ont écrit l’histoire soulignent l’importance d’assurer la coopération entre les nations pour le respect du droit international et des droits humains. Mais ils soulignent aussi jusqu’à quel point la tâche est ardue et complexe. C’est ainsi que, dans la même lignée, et dans le but de trouver une nouvelle voie à la coopération internationale, la Charte des Nations Unies [2]a été signée et ratifiée par 51 États membres fondateurs en 1945. Elle a mené à la création de l’ONU dont les principales et mêmes motivations étaient de défendre les droits humains et d’éviter des conflits majeurs. [3]
Quels problèmes ?
Les propos de Bob Rae concernent essentiellement les aspects administratifs, le fonctionnement et la gouvernance, mais ils sont limitatifs et semblent camoufler en survol les véritables problèmes de l’organisation.
De fait, l’ONU est une organisation qui tisse large et peut-être même trop large, d’autant qu’on aurait eu tendance, tant s’en faut, à lui attribuer le titre de gouvernement mondial en raison de ses nombreux mandats : droits de l’homme, maintenance de la paix, mais aussi sécurité internationale, développement durable, développement économique et social.
Certains de ses succès sont indéniables. On peut penser aux interventions du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et au programme alimentaire mondial. On peut penser aussi à la Conférence Rio+20 en 2012 qui a donné des résultats importants et signifié l’amorce de plusieurs engagements internationaux en matière de développement durable. Les Nations Unies ont contribué aussi à éviter une catastrophe nucléaire pendant la crise des missiles de Cuba en 1962. Elles ont aussi permis l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948. [4]
Toutefois, trop souvent l’ONU est intervenue au-delà de ses moyens dont la performance est mesurée par la prévention de conflits et la coopération internationale. L’ONU manque cruellement de ressources pour accomplir tous ses mandats. Dotée d’un budget de 3,7 milliards de dollars américains – une somme équivalente à la moitié du budget de la ville de Montréal – elle peine depuis plus de 20 ans à récupérer les quotes-parts et arriérés des pays récalcitrants, dont au premier chef ceux des États-Unis qui lui doivent 1,5 milliard $. [5] [6]Une telle situation la maintient en manque de liquidité de façon chronique et vient compromettre sa capacité à réaliser ses mandats. [7]
Par ailleurs, l’ONU n’a pas su s’adapter à l’évolution du contexte international qui a donné naissance à des superpuissances comme la Chine et la Russie, ou même s’adapter aux vacillations de la politique américaine. Depuis la deuxième guerre, la mondialisation a formé de grands blocs économiques donnant lieu à des enjeux de concurrence économique entre les nations et des frictions idéologiques entre les régimes politiques. De manière assez paradoxale, la République populaire de Chine (anciennement République de Chine) et la Russie (anciennement Union soviétique) sont des membres fondateurs de l’ONU et membres permanents du Conseil de sécurité avec droit de veto. Or, l’un des mandats de l’ONU est de faire la promotion de la démocratie, des droits de l’homme et de la protection de la souveraineté des nations. Il s’agit là justement de ce sur quoi repose le conflit en Ukraine dont l’enjeu est la défense des démocraties européennes et l’intégrité de leurs territoires.
Finalement, l’ONU manque de plus en plus de crédibilité en raison de la posture des pays les plus influents. Par exemple, le réalignement politique des États-Unis, notamment dans le domaine de l’environnement et de l’aide internationale, l’illustre. Les États-Unis ont publié la nouvelle stratégie de sécurité nationale dont l’approche est de mettre « L’Amérique d’abord ». Ce document s’en prend à l’immigration européenne et promet qu’il n’y aura pas d’élargissement de l’OTAN. [8]Par ailleurs, la Russie, membre permanent de la sécurité de l’ONU, a résilié dernièrement trois accords de coopération en matière de défense avec le Canada, le Portugal et la France.
Quelles solutions?
Mentionnons sans contredire Bob Rae que l’idée de réformer l’ONU ne date pas d’hier.
Dans un discours prononcé le 17 décembre 1996 devant l’Assemblée générale. Le Secrétaire général, M. Boutros Boutros-Ghali, estimait que l’ONU ne pouvait être réformée en profondeur que si les États membres s’accordaient sur les objectifs à atteindre, ce qui ne semble pas être le cas même aujourd’hui en 2025. [9] Kofi Hannan, son successeur, voulait élargir le Conseil de sécurité, mais sans aborder la question cruciale du droit de veto des membres permanents, l’aspect le plus sensible. [10]
Les autres successeurs, Ban Ki-moon et Antonio Guterres, se sont engagés à rendre l’ONU plus transparente et plus efficace, [11] mais sans vraiment aborder les questions plus fondamentales sur les mandats les plus sensibles de l’ONU. [12]
On voit toutefois une volonté d’amélioration, mais l’ONU réussira-t-elle à réaliser ses réformes dans un contexte mondial qui se complexifie et où la non-coopération et les menaces de conflits majeurs se multiplient ?
Voici, à mon avis, quelques propositions que le Canada pourrait formuler sous la forme de résolutions à l’ONU.
Que l’on reconnaisse pertinence de l’ONU, et que cette reconnaissance, soit accompagnée de l’engagement ferme de financer l’ONU adéquatement;
Que soit révisée la constitution et le fonctionnement du Conseil de sécurité en éliminant la permanence des membres du Conseil de sécurité, en retirant le droit de veto et/ou en limitant le nombre le nombre de fois où le droit véto est exercé;
Que les objectifs poursuivis par l’ONU soient clarifiés et que des engagements fermes soient obtenus de la part des pays membres, notamment en ce qui concerne démocratie et le respect des droits humains, de l’environnement et du développement social et économique;
Que les ententes commerciales entre les nations soient assujetties aux objectifs de l’ONU, notamment en ce qui concerne l’environnement, les droits humains, la pauvreté, l’égalité des hommes et femmes, le droit des enfants et le développement social;
Que le siège social des Nations Unies soit déménagé à Montréal, le Canada ayant une posture internationale plus ouverte au développement social à travers le monde et aux objectifs de maintien de la paix. Montréal est une ville dont le rayonnement international s’étend en Europe, en Afrique et en Asie.
Louis Bellemare
[1] « Le Conseil de sécurité ne marche pas » : Bob Rae quitte l’ONU en demandant des réformes, Radio—Canada, Info
[3] Création des Nations Unies, Centre régional d’information pour l’Europe occidentale, Nations Unies
[4] Les Nations Unies et leurs failles, Nations Unies, chronique ONU
[5] La fin de l’ONU telle qu’on l’a connu ?
[6] Le financement de l’ONU : le budget ordinaire et le budget de maintien de la paix
[7] L’ONU réduisent leur budget de 577 millions de dollars en 2026 et licencient 19 % de leur personnel, Business AM
[8] Trump redéfinit la stratégie de sécurité des États-Unis à l’échelle mondiale, Le Devoir, Agence France-Presse
[9] L’ONU ne peut être réformée en profondeur que si les états membres s’accordent sur les objecifs à atteindre
[10] Kofi Hannan veut réformer les Nations Unies pour offrir au monde une « liberté plus » grande. Le Temps
[11] Ban Ki-moon, Ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Nations Unies
[12] Initiative « ONU80 » Qu’est-ce que c’est – et pourquoi c’est important pour le monde ? Nations Unies, ONU Info, L’actualité mondiale Un regard humain


Bonjour Louis,
Je suis d’accord avec ta dernière proposition, Montréal est pour l’instant bien vue au niveau international, mais pour combien de temps, car si le droit de grève et les syndicats sont instrumentalisés par le gouvernement pour en faire des exemples et plaire au patronat en réduisant les droits des travailleurs, notre cote va baisser, et ensuite, ce sera au tour des journalistes d’être muselés? enfin, c’est un autre débat.
Oui, l’ONU devrait être revue, remodelée, voire réécrite de fond en comble, car notre monde a changé ou le respect envers cette institution n’est plus ce qu’elle était, surtout par l’extrême droite qui pousse comme des champignons.
Quant aux droits de véto, je comprends leurs présences, mais l’égalité devrait prévaloir entre tous les pays, membre fondateur, simple membre ou non, pays riche ou pauvre ( idée purement utopique de ma part).
Le but de l’ONU est de construire une harmonie et un semblant de droits humain, mais un pays riche (et il n’en manque pas) bien armé et d’extrêmes droites n’ont rien à cirer du placotage, de plus, nous sommes dans une période ou les territoires, les minéraux et l’eau sont de plus en plus convoités par une population mondiale qui a explosé.
Il faudra un certain temps et plusieurs conflits pour que de vrais grands penseurs puissent obtenir l’appui nécessaire pour mettre l’épaule à la roue et remodeler une ONU comprise et respectée de la majorité. Ne retenons pas notre souffle.
Il faudrait se faire à l’idée que l’ONU ne peut guère être plus qu’une tribune où son secrétaire général et les ambassadeurs des pays peuvent faire des discours et espérer être entendus. Cela n’est pas sans intérêt car les pays visés n’apprécient pas être dénoncés à cette tribune.
Pour sa part, le secrétaire général répète sans arrêt que le monde courre à sa perte si on ne prend pas des mesures sérieuses contre les changements climatiques. Jusqu’à maintenant, il n’a guère réussi qu’à augmenter l’écoanxiété.
Je suis un peu surpris que Bob Rae ne se soit pas engagé à augmenter la participation du Canada aux missions des Casques bleus. C’est pourtant l’un des succès internationaux le plus notables de l’ONU et du Canada. Mais c’était avant le gouvernement Harper.
J’aimerais bien voir comment Trump et Mamdani réagirait au départ du siège social new yorkais.
Pour l’anecdote, ce n’était pas Montréal mais Québec qui était dans la course pour accueillir le siège social de l’ONU au lendemain de la 2e GM.