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Le krach de l’IA, y a-t-il une bulle spéculative, une surévaluation des actifs en intelligence artificielle ?

Avatar de Louis Bellemare

Dans un avenir pas si lointain, des experts pourraient faire l’analyse du krach de l’Intelligence Artificielle (IA) à l’instar des autres débâcles boursières. Puisqu’elles ont souvent des causes différentes, l’étude des krachs boursiers et des récessions donne des indications fort valables sur le fonctionnement de l’économie.

Par exemple, en mars 2000, alors que le Nasdaq avait atteint sa plus haute valeur, s’en est suivi l’éclatement de la bulle internet et une série de corrections boursières qui ont amené l’économie américaine en récession. La cause était la spéculation massive sur des actions des nouvelles entreprises Internet, dont plusieurs n’étaient même pas rentables. Ce n’était pourtant pas la première fois que l’engouement des investisseurs pour la spéculation et le profit rapide menait à la débandade. 

Avec l’IA, l’histoire pourrait se répéter. Un peu, comme si tout au long des cycles économiques, il n’était pas possible d’apprendre de nos erreurs. L’économie américaine depuis plus d’un an est soutenue par les grandes entreprises qui investissent massivement dans l’IA. La part de la capitalisation de ces entreprises s’établit entre 30 % et 40 % (21 000 milliards de dollars US) de la capitalisation totale du Nasdaq (entre 52 000 et 58 000 milliards de dollars US).

Toutefois, peu d’entreprises rentabilisent actuellement leurs investissements en IA, lesquels sont financés par voie d’emprunts à coups de milliards de dollars. On estime que d’ici la fin de l’année, les GAFAM injecteront 400 milliards de dollars dans l’IA, principalement dans les centres de données. [1] Ce soutien à l’économie américaine est quelque peu artificiel. L’investissement boursier est basé sur des anticipations de profits. S’ils tardent à venir, alors la bulle éclate et les pertes peuvent être considérables. 

L’impact de la correction boursière

C’est ainsi que les géants technologiques de l’IA ont déjà vu leur valeur fondre de 1 000 milliards de dollars US, faisant perdre au Nasdaq 3 % de sa valeur en 5 jours au mois d’octobre.  [2] Parmi les entreprises les plus touchées, on retrouve Nvidia, Meta, Palantir et Oracle, mais aussi des acteurs majeurs comme Apple, Microsoft, Amazon, Google, Tesla, IBM, AMD et Intel.

Cette correction montre des signes alarmants d’une débâcle qui ressemble à celle de l’an 2000.  On se rappelle qu’alors, suite à plusieurs corrections successives sur une durée de 18 mois, le Nasdaq avait perdu 80 % de sa valeur.  [3]  

Le krach de 2000 a eu un effet domino en amenant une perte de confiance des investisseurs institutionnels, la fermeture d’entreprises, des licenciements massifs et la montée du chômage.

Alors, pourrions-nous avoir une récession ?

Ainsi donc, si des baisses successives du Nasdaq se répètent dans le futur, le même effet domino pourrait se reproduire dans le cas de l’IA.

Les gouvernements ont appris avec les années à prévenir les crises et les récessions en utilisant la politique monétaire comme outil de contrôle des taux d’intérêt. On évite ainsi des perturbations et des pertes trop importantes sur l’économie.

Toutefois, la situation est quelque peu différente cette fois-ci, alors que l’efficacité de la politique monétaire semble atténuée par plusieurs facteurs. Les tarifs protectionnistes de Donald Trump ont pour effet de maintenir l’inflation élevée aux États-Unis, laissant une faible marge à la FED pour baisser les taux d’intérêt et stimuler l’économie dans le cas d’un ralentissement.  En effet, les taxes à l’importation des produits aux États-Unis n’ont pour autre effet que de se répercuter sur les prix à la consommation et générer de l’inflation. 

Par ailleurs, des entreprises chinoises auraient développé des algorithmes plus efficaces à beaucoup moins cher que les entreprises américaines. Avec 8 millions de dollars canadiens, une jeune pousse chinoise aurait lancé son propre agent conversationnel basé sur l’IA rivalisant avec les meilleurs modèles américains. [4]

La concurrence des entreprises chinoises largement soutenues par le gouvernement chinois pourrait avoir comme effet de compromettre les milliards de dollars d’investissements déjà effectués par des entreprises américaines.

L’IA est une technologie cruciale pour le développement des entreprises. La rivalité avec la Chine ne se limite pas seulement à des avancées technologiques, mais s’étend également à des enjeux économiques, militaires et sociopolitiques. Ainsi, l’IA chinoise plus efficace mieux développée aura comme conséquence que l’économie chinoise pourrait devenir plus efficace et mieux développée.

Selon Moody’s Analytics, 22 États des États-Unis seraient déjà en récession. [5]Louis Bellemare Économiste


[1] L’IA en vase clos Krach ou correction boursière, bientôt le retour à la réalité sur les marchés, France 24

[2] L’intelligence artificielle fait perdre 1 000 milliards de dollars, Technologie Innovation  

[3] Comment expliquer l’éclatement de la bulle Internet ?

[4] DeepSeek et la course à l’IA, ou le capitalisme chinois contre les GAFAM, Le Journal LeDevoir

[5] Presque la moitié des États américains seraient déjà en récession selon un économiste réputé

Publié dansfrançaisGénéralTechnologies

3 Commentaires

  1. Jean-Claude Cloutier Jean-Claude Cloutier

    Effectivement, jamais un éclatement de bulle n’a été prévu avec autant d’assurance par la majorité des analystes.

    Outre la surévaluation des titres boursiers, la bulle pourrait éclater parce que jusqu’à maintenant l’IA n’a pas réussi à trouver la clientèle attendue du côté des entreprises et que plusieurs de celles qui y ont adhéré ont été déçues des gains de productivité obtenus. L’IA est aussi limitée dans ses perspectives par les énormes volumes d’électricité qu’elle demande et, de plus en plus, par la difficulté de trouver des nouvelles données utiles pour s’entrainer.

  2. Patrice Caron Patrice Caron

    Le fait qu’elle soit autant médiatisé, se peut-il que cette bulle ne soit pas aussi négative qu’annoncé.

    • Bonjour Patrice,

      Ta question est excellente. L’expression ‘Jouer à la bourse est appropriée’. Plus le potentiel de gains est élevé, plus il y aura des joueurs. Tant et aussi longtemps que les actions montent, les joueurs seront attirés par les gains.

      Ce n’est pas une question de prévisibilité, mais plutôt de gains potentiels et de risques. Les joueurs sont disposés à prendre plus de risques lorsque le potentiel de gains est élevé. Les gains doivent être suffisamment élevés pour compenser les risques reliés à la mauvaise conjoncture. Si ce n’est pas le cas, la balloune pète.

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