Note : cet article a fait l’objet d’un publication dans Le Journal de Québec et de Montréal le 25 octobre dernier. Vous pouvez consulter à l’adresse suivante: Journal de Québec
Les gouvernements ont la fâcheuse habitude d’embaucher, puis de débaucher. On agit comme s’il était impossible de planifier de manière prévisible les besoins en main-d’œuvre sur un horizon de plusieurs années.
Par exemple, dans la fonction publique québécoise, depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ en 2018, le gouvernement du Québec a embauché 10 200 fonctionnaires. [1] Il a toutefois supprimé par la suite 3 500 postes, à la suite de son engagement de réduire la taille de l’État. [2]
Le gouvernement fédéral suit la même trajectoire. Depuis l’élection de Justin Trudeau, le nombre de fonctionnaires est passé de 259 000 à 368 000 au 31 mars 2024, une hausse de 42 %. Mais, lors de la présentation du budget, à l’automne 2025, on a annoncé une diminution de 40 000 fonctionnaires, dont 16 000 postes à temps complet d’ici la fin de l’année financière de 2029. [3]
L’impact de ces politiques se répercute nécessairement sur l’emploi. Selon Statistique Canada, le secteur public a perdu 15 000 emplois au cours des quatre derniers mois, alors que celui de la fabrication en a créé 4 000. On aurait pu penser l’inverse en raison des tarifs douaniers de Donald Trump, bien qu’on ne connaisse pas encore l’impact des tarifs douaniers à plus long terme.
Retour à la rigueur budgétaire
Quoi qu’il en soit, ces suppressions de postes peuvent s’expliquer par un regain de popularité de l’idéologie de droite. Par exemple, lors des dernières élections québécoises, trois des cinq grands partis politiques proposaient de limiter les dépenses de l’État à un taux inférieur à la croissance naturelle prévue de 3,7 %. Le Parti québécois, qui a été élu, a proposé une limite de la croissance annuelle de 1,9 %. Le PLQ a proposé 2,2 %, et la CAQ 2,4 %. [4]
Pour ce qui est du gouvernement fédéral, on constate une volonté forte de contrôler les dépenses de l’administration publique, ce qui engendrera des pertes d’emplois encore plus importantes dans les années à venir.
Pourquoi ce virage vers la droite ? Une hypothèse plausible est que la population subit de façon marquée l’augmentation du coût de la vie et qu’elle revendique des solutions. Les gouvernements, en rationalisant leurs dépenses, peuvent dégager des sommes pour de nouveaux programmes et ainsi lui venir en aide.
Quels sont les impacts de ces suppressions de postes
Toutefois, il est aussi important de s’interroger sur l’impact de la perte de milliers de postes dans l’administration publique, une question que les médias d’information ont peu examinée jusqu’à présent.
Selon la logique keynésienne, ces pertes d’emplois ne feront qu’affaiblir notre économie, alors même que le maintien de ces emplois s’avère être une excellente façon de contrer l’impact du ralentissement économique que l’on vit actuellement. Les suppressions d’emplois réduisent potentiellement les revenus des ménages, leur consommation et les revenus des entreprises qui dépendent de cette consommation.
À cela, il faut aussi considérer la perte d’expertise propre aux services publics, la diminution des services à la population, et les conséquences économiques pour les régions.
La taille de l’État peut le rendre lourd et improductif, mais les effets dynamiques d’une diminution des impôts promis par le Parti conservateur risquent de ne pas compenser les pertes d’emplois du secteur public. Le gain d’efficacité escompté demeure largement théorique, d’autant que cette vision est incompatible avec le maintien des niveaux de services offerts à la population. Il faudrait donc faire des choix difficiles (voir aussi mon article à ce sujet: Peut-on humaniser nos services publics et les rendre plus efficaces?
Il est vrai qu’une rationalisation des services publics peut être nécessaire, mais les gouvernements doivent apprendre à mieux planifier les besoins de main-d’œuvre et prévoir les conséquences des compressions sur l’emploi, les services publics et l’économie. C’est une question de prévisibilité, comme le revendiquent les associations manufacturières.
Louis Bellemare
[1] Nombre de fonctionnaires : la taille de l’État québécois attient un nouveau sommet.
[2] Un nombre record d’employés de l’État


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