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Peut-être devrions-nous faire sécher Donald Trump ?

Cet article a été publié dans le journal Le Devoir, le 13 août 2025

Une négociation pour être réussie doit respecter deux conditions. La première est que les parties prenantes doivent être de bonne foi. La deuxième est que l’issue de ces négociations doit satisfaire chacune des parties. On peut constater malheureusement que les négociations sur les tarifs douaniers ne respectent aucune de ces deux conditions.

La bonne foi du président américain reste douteuse. The art of the deal, selon ses propres termes, s’apparente plutôt à une forme d’extorsion visant à imposer des tarifs douaniers injustifiés. Pour ce qui de la deuxième condition, le Canada a déjà fait beaucoup de concession avant même que l’on en soit arrivé à une entente : investissements massifs pour protéger la frontière, abandon de la taxe sur les services numériques, engagement à dépenser 5 % du PIB dans la défense nationale. En échange, les américains nous offrent peu, si ce n’est des tarifs douaniers encore plus élevés.

La date butoir du 1er août qui avait imposée pour négocier étant dépassée, il nous faut maintenant réévaluer notre stratégie par rapport à la posture américaine. Trois scénarios sont possibles.

1er scénario : continuer à négocier

Depuis le 1er août, le ministredes Affaires intergouvernementales du Canada a affirmé vouloir continuer les négociations avec Washington et qu’il s’attendait à une discussion entre le premier ministre du Canada et le président américain dans les prochains jours.

La poursuite des négociations est justifiée par l’incertitude vécue par le milieu des affaires. La conclusion d’une entente permettrait effectivement aux entreprises d’assurer plus de stabilité et une meilleure prévisibilité.

Mais, il faut toutefois éviter de tomber dans le piège de négocier une entente trop rapidement et à tout prix. La reprise des négociations ne nous garantit pas qu’une entente à court terme nous serait favorable. Sans issue, la situation pourrait même accentuer le niveau d’incertitude.

Par ailleurs, une large part du commerce entre-les États-Unis et le Canada est actuellement protégée par le ACEUM (Accord Canada États-Unis Mexique), ce qui nous permet de relativiser à court terme l’impact global des tarifs douaniers.  Il est prévu toutefois que l’ACEUM soit modifié ou renégocié en 2026. Le président américain pourrait même décider de rouvrir cet accord sans attendre.  [1] Or, cette éventualité vient remettre en question les discussions actuelles. En effet, à quoi bon négocier maintenant, sachant qu’il y aurait aussi des négociations sur l’ACEUM en 2026.

2ième scénario : mettre en place des mesures de représailles

Nous pourrions ne pas négocier, maintenir et même ajouter des mesures de représailles par des contre tarifs ou en limitant nos exportations vers les États-Unis.

C’est le scénario de la ligne dure qui est par ailleurs celui préconisé par Doug Ford. L’intention ici est de susciter le maximum d’impact du côté américain et le minimum du côté canadien, en espérant que les américains demandent de retourner à la table de négociation en abaissant leurs conditions et leurs exigences tarifaires.

On peut toujours espérer mais cette stratégie peut aussi nous créer un tort considérable. Bien qu’assez spectaculaire, son premier problème est qu’elle pénalise la population canadienne. Elle risque même de nous plonger en récession parce que les américains pourraient enchérir par de nouveaux tarifs comme ils nous ont déjà menacés, mais aussi parce que les taxes imposées aux importations américaines augmentent le prix des biens importés, génèrent de l’inflation et ont donc pour effet de maintenir les taux d’intérêt élevés.

Il faut aussi noter que les provinces ne sont pas impactées au même niveau par des mesures de rétorsions, parce que les secteurs industriels les plus touchés ne sont pas également répartis entre les provinces. Limiter les exportations de pétrole ou d’électricité, par exemple, pénaliserait en premier lieu l’Alberta et le Québec.

Scénario 3 : Ignorer Donald Trump

On pourrait faire sécher Donald Trump, c’est-à-dire ne pas négocier et ne pas appliquer de mesures de représailles. Cette stratégie mise sur le temps que prendront les politiques économiques du président américain à se manifester par des impacts négatifs. Le temps est, en fait, notre meilleur allié.

Les tarifs douaniers sont critiqués par les américains eux-mêmes, même dans les milieux républicains parce qu’ils nuisent à l’économie américaine. Les pressions viendraient donc de l’intérieur des États-Unis et non de l’extérieur. Au fur et à mesure que l’économie américaine se détériorera, les pressions internes seront de plus en plus fortes et remettront en question le leadership économique de Donald Trump. Ceci n’est qu’une question de temps. Nous pourrions donc prendre notre mal en patience.

Les derniers chiffres sur l’emploi et l’inflation aux États-Unis tendent confirmer ce scénario. Donald Trump n’a pas accepté les dernières données sur l’emploi aux États-Unis et s’est permis de remercier la personne responsable des statistiques [2] Il menace aussi de limoger le président de la Réserve Fédérale américaine, Jérôme Powell, estimant que les taux d’intérêt sont actuellement trop élevés. [3]Ce sont des signes que les politiques économiques de Trump ne fonctionnent pas.

Par ailleurs, un tribunal de première instance a déjà jugé que les tarifs imposés jusqu’à maintenant sont illégaux et que le président n’a pas le pouvoir d’imposer des taxes douanières indiscriminées. La cause a été portée en appel. Mais, advenant une confirmation du premier jugement, Trump lui-même estime que les États-Unis ne s’en remettraient pas. Trump n’aura alors plus aucune crédibilité.

Pourquoi alors signer une entente illégale ? Devrions-nous au moins attendre le jugement des tribunaux ?

Conclusion

Le Canada est une économie développée. Nous disposons suffisamment de ressources pour soutenir nos industries affectées par les tarifs de Donald Trump. La meilleure stratégie n’est-elle pas d’assumer nous-mêmes notre propre développement et d’attendre que les américains réalisent leurs erreurs. ?

Est-ce vraiment nécessaire de répondre aux menaces de Donald Trump ?

Louis Bellemare


[1] Ford avertit que l’ACEUM ne protégera pas le Canada de Trump,, La Presse canadienne

[2] Trump renvoie la cheffe des statistiques après de mauvais chiffre sur l’emploi

[3] Donald Trump menace sérieusement de limoger le président de la Réserve Fédérale, Jérôme Powell

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