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La malbouffe, un véritable fléau de notre société

Cet article n’a pas fait l’objet d’une republication

Le choix des aliments en épicerie n’est plus une question de goût ou de santé mais de budget pour de nombreux ménages. Statistique Canada estime qu’en 2022, 15,6 % des ménages canadiens étaient confrontés à l’insécurité alimentaire – définie comme un accès inadéquat ou précaire à la nourriture en raison de contraintes financières – soit l’équivalent de 2,4 millions de ménages. Ce pourcentage a crû de 5,3 % de 2018 à 2022.  Le problème va donc en empirant.

En conséquence, les gens mangent de moins en moins bien. La malbouffe est devenue un véritable fléau de notre société et évolue en fonction de l’inflation. Parce que les produits santé sont chers, les consommateurs se tournent vers des produits moins dispendieux, mais qui ont souvent une teneur élevée en calories et/ou sont hautement transformés.

Les aliments transformés sont souvent moins chers parce qu’ils ont été produits par des procédés industriels commandant d’énormes économies d’échelle. En plus des nombreuses transformations et d’ajouts pour en améliorer le goût et l’apparence, comme les sucres, les sels, les gras trans, les colorants, ils contiennent aussi des produits chimiques pour en assurer leur conservation. La conservation chimique permet des économies d’inventaires et de manutention parce que les produits peuvent rester plus longtemps sur les tablettes.

Des conséquences importantes sur la santé des individus

Malheureusement, la production d’aliments industriels peut être associée à des conséquences sur la santé des individus. La malbouffe est responsable de toutes sortes de maladies, dont un risque accru de diabète 2, de maladies cardiovasculaires, d’asthmes, de maladies de la vésicule biliaire, d’arthrose, de douleurs au dos chroniques et à plusieurs types de cancer. [1] Un rapport récent sur l’obésité au Canada indique que 29,5 % des adultes étaient considérés comme obèses en 2021 et que 65 % étaient en surpoids (obèse et embonpoint). [2] Le problème débute dès l’enfance puisque, selon le même rapport, 12,4 % des enfants de 5 à 17 ans étaient considérés comme obèses et 32 % étaient en surpoids. Selon Statistique Canada, ce sont les personnes les plus démunies de la société qui en souffrent le plus.

Ainsi, les coûts associés aux soins de santé sont énormes et vont en augmentant. Un rapport de l’OCDE révélait que ses pays membres consacreront 8,4 % de leurs dépenses totales de santé au traitement des maladies en lien avec le surpoids et l’obésité entre 2020 et 2050. Ce pourcentage s’établissait à 4,1 % en 2006. À cela, il faut aussi ajouter des coûts indirects sur l’économie tels qu’une baisse de productivité au travail et de la participation au marché du travail.  [3]

Quelles solutions pour combattre la malbouffe

En raison de sa progression, tôt ou tard les gouvernements devront intervenir pour résorber ce fléau qui affecte la santé publique. Certes, il existe des outils, mais ils n’ont tous la même efficacité.

Par exemple, les programmes de sensibilisation ne peuvent pas résoudre les problèmes d’inflation alimentaire. Les choix demeureront difficiles pour les foyers qui doivent payer plus cher le prix de la nourriture.

La réglementation permettrait d’imposer aux producteurs des normes pour éliminer les ingrédients néfastes dans le contenu des aliments transformés. Mais ces ingrédients pour améliorer leur goût et leur attrait sont des outils puissants de marketing. Le lobby des grandes entreprises est tel que malgré des nombreuses tentatives, les gouvernements ont souvent échoué à imposer de telles normes.

Nous pourrions taxer la malbouffe, en espérant qu’il y ait une substitution vers les aliments santé en raison de la différence des prix. Mais, globalement, le prix du panier alimentaire serait encore plus élevé. 

Comme solution, je suggère de développer un programme d’aide à l’achat d’aliments santé, financé par les taxes déjà perçues sur certains aliments en épicerie comme les boissons gazeuses, de bonbons et chocolats, de mets préparés ou surgelés ou les aliments cuisinés ou prêts à manger. En chiffre, les ventes de ces produits taxables, se sont établies au Québec à quelque 2,7 milliards de dollars en 2023 et les taxes auraient rapporté plus 400 millions de dollars au provincial et au fédéral [4]

L’avantage de ce retour de taxe aux consommateurs serait de ne pas faire monter le prix des aliments. Avec les sommes perçues, nous pourrions subventionner l’achat d’aliments santé dans les banques alimentaires, l’achat de repas dans les écoles, aider les organismes qui offrent des repas gratuits aux personnes démunies, ou bien offrir des coupons rabais pour l’achat de produits santé dans les épiceries.

Québec pourrait récupérer la somme par une diminution des coûts de santé puisque selon l’OCDE, nous récupérerions 1,8 milliards $ par année [5] en coûts de santé, si le pourcentage des dépenses médicales liées à l’obésité était ramené à celui de 2006, soit 4 %.

Louis Bellemare


[1] The incidence of co-morbidities related to obesity and overweight : a systematic review and meta-analysis

[2] Statistiques sur l’obésité au Canada – Canada.ca

[3] OECD (2019), The Heavy Burden of Obesity: The Economics of Prevention, OECD Health Policy Studies, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/67450d67-en.

[4] Statistiques Canada, Dépenses alimentaires détaillées, Canada, régions et provinces.

[5] (dépenses en santé  = 45,5 milliards $ x pourcentage de cas non  traité 4%)

Publié dansÉconomie canadienneÉconomie québécoisefrançaisGénéral

2 Commentaires

  1. Patrice Caron Patrice Caron

    Bonjour,

    L’immigration étant en augmentation, ceci peut-il contribuer à faire augmenter le % d’insécurité alimentaire? pas à cause du nombre, mais la précarité de l’emploi du nouvel arrivant, son insécurité, etc.

    Les personnes démunies se nourrissent-elles mal par cause d’un manque de moyens financier, ou plutôt de volonté, ou de connaissance ou encore d’éducation? Ou est-ce un mélange de tout ça? Avec un peu de recherche, on peut et on doit se forcer à trouver des produits santé à moindre coût, c’est possible. Un panier d’épicerie ne devrait jamais comprendre plus de X% de malbouffe. Chose certaine, si on donne un bel exemple de comment bien se nourrir aux enfants, ceci contribuera grandement à un changement généralisé pour le futur.
    Comme le prix semble plus important que le produit, taxer davantage ce qui est considéré comme malbouffe par une association indépendante serait à mon avis un bon départ.

  2. Jean-Claude Cloutier Jean-Claude Cloutier

    Bonjour Louis,
    La mauvaise qualité de l’alimentation est effectivement un problème majeur de santé publique. Comme tu le mentionnes, les transformateurs alimentaires y sont pour quelque chose. Ils font en effet un usage excessif de sel et de sucre en plus de plusieurs autres additifs. Une taxe pigouvienne élevée sur ces additifs serait une mesure justifiée, mais elle serait sans doute difficile à appliquer.

    Parmi les causes possibles de la mauvaise alimentation, il y a aussi que les aliments transformés et la restauration rapide de type MacDo demandent beaucoup moins de temps et d’effort que le passage à l’épicerie ou au marché et la préparation d’un repas à partir d’ingrédients non transformés.

    Par ailleurs, je ne suis pas certain que la malbouffe coute vraiment moins cher que de faire la cuisine à partir d’ingrédients naturels. En tout cas, le facteur prix n’explique pas tout car la fréquentation des restaurants n’a pas baissé ces dernières années malgré la forte hausse des prix au cours des dernières années.

    Il est vrai que la montée des prix des aliments, surtout dans le sillage de la covid, a exacerbé la situation. Selon Statistique Canda (Tableau : 11-10-0222-01), l’alimentation représentait 17,3 % des dépenses de consommation des ménages québécois en 2023 comparativement à 15,2 % en 2019. Mais il faut aussi noter que cette part était de 19,4 % en 2004 et de 35,8 % en 1959. Bref, au Québec comme ailleurs dans le monde, les individus et les ménages ont déjà consacré une part beaucoup plus importante de leur budget à l’alimentation et, en principe, il pourrait le faire à nouveau si la saine alimentation était leur priorité.

    Jean-Claude

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