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Le Canada peut-il devenir une grande puissance économique ?

Note: cet article a fait l’objet d’une publication dans le journal Le Devoir le 11 novembre 2025

Plusieurs travaux d’économistes [1]indiquent que le Canada détient de nombreux atouts pour devenir une superpuissance économique. Son territoire est riche en ressources naturelles de toutes sortes, de minéraux, d’énergie, de forêt et d’eau, et est le deuxième plus vaste de la planète. Son économie est industrialisée. La population y est éduquée et son système d’éducation compte l’un des plus vastes réseaux d’institutions collégiales, universitaires, de recherche, dont plusieurs y détiennent une réputation internationale. Ses infrastructures sont modernes et son territoire est urbanisé. Ses systèmes de transport sont des plus développés.

En bref, les conditions sont donc réunies pour assurer une croissance soutenue de notre économie pour les prochaines années. Avec tous ces atouts, nous pourrions devenir ainsi l’une des économies les plus puissantes du monde.

Notre modèle économique n’est pas adapté

Mais notre modèle économique n’est pas adapté pour cela, parce qu’il est basé sur notre dépendance envers les États-Unis et sur la vente de nos ressources naturelles. Nous exportons de la matière brute comme du pétrole, de l’acier, de l’aluminium et même des produits hautement transformés comme des automobiles.

Nos secteurs industriels stratégiques sont presque tous sous le contrôle d’entreprises étrangères dont la présence au Canada est justement motivée par notre dépendance et notre proximité du marché américain. Ainsi, plus de la moitié des actifs du secteur pétrolier et gazier canadien est détenue par des intérêts étrangers, la plupart américains. [2] Nos alumineries sont aussi en majorité détenues par des entreprises étrangères, dont Alcoa qui est une entreprise américaine. Nous n’avons pas au Canada, contrairement aux autres pays du G7, de marque automobile canadienne. Notre secteur automobile au Canada est entièrement constitué de marques étrangères, ce qui rend nos emplois vulnérables à des relocalisations vers les États-Unis. 

La perte de confiance

Ce modèle facile qui nous a tant accommodés depuis de nombreuses années nous rend vulnérables vis-à-vis du nouvel alignement protectionniste américain. Actuellement, nous remettons en question la confiance que nous avons presque toujours eue pour notre principal partenaire économique. L’impact de la situation que nous vivons est de créer beaucoup d’incertitude, de freiner l’investissement privé et de ralentir la croissance de l’économie

L’État investisseur

Cette remise en question nous donne aussi la chance de découvrir de nouvelles occasions de nous développer, de réaliser que nous pourrions utiliser nos ressources naturelles et notre savoir-faire autrement, en diversifiant nos marchés et en assumant notre indépendance économique.

John Maynard Keynes avait proposé que le gouvernement stimule l’économie en augmentant les dépenses publiques. Selon lui, l’économie ne pouvait se rétablir par elle-même sans intervention de l’État. L’investissement public devait prendre le relais de l’investissement privé. La simple idée de balancer le budget ou de couper dans des dépenses ne pourrait donc pas nous aider à nous sortir de l’impasse d’un ralentissement économique ou d’une récession. Depuis la Grande Dépression, l’État n’est plus perçu comme une organisation qui se limite à offrir des services aux citoyens, mais comme un puissant levier de développement économique et comme un outil puissant pour lever des investissements.

L’avenir du Canada

C’est dans cette lignée que le dernier budget du gouvernement fédéral prévoit de reconstruire le Canada, mais avec un déficit de 78 milliards de dollars. On le dit audacieux et générationnel parce qu’il permettrait de compenser les pertes de retombées engendrées par les tarifs douaniers de Donald Trump. Il prévoit des investissements publics dans la défense nationale et des projets à longue durée de vie comme des installations portuaires, des routes, des parcs, des centres communautaires et sportifs. [3]

Bien qu’il contienne beaucoup de bonnes choses, ce budget ne semble pas tenir compte de la transition énergétique comme vecteur de développement de l’économie. On se questionne par ailleurs sur l’efficacité des mesures proposées dans le budget pour accroître l’investissement privé, notamment au regard de la productivité qui est l’un des principaux problèmes économiques auxquels sont confrontées les entreprises canadiennes, ainsi que sur les mesures qui encouragent l’investissement privé à grande échelle.  [4] [5]

Globalement, ce budget n’aurait pas non plus pour effet de transformer l’économie afin d’assurer notre indépendance économique. Du moins, pas tant et aussi longtemps que des entreprises étrangères détiendront le contrôle de nos ressources pour les exporter aux États-Unis.

Nous devrions mettre sur pied un groupe de travail, composé de chercheurs, d’hommes d’Affaires et de représentants de groupes socio-économiques. Ce groupe aurait comme mandat d’élaborer une véritable stratégie industrielle. Il aurait comme mission d’identifier des mesures qui permettraient d’assurer la transition économique de demain et d’identifier les mesures à prendre pour amener le Canada vers un statut de superpuissance économique et indépendant économiquement.

Louis Bellemare


[1] Études économiques de l’OCDE : Canada 2025

[2] L’industrie du pétrole et du gaz au Canada : bilan un an après le début de la pandémie, Weimin Wang

[3] Budget fédéral 2025 : Générationnel ? peut-être, transformationnel ? Non

[4] Le budget fédéral stimulera-t-il l’investissement des entreprises ?, Les Affaires

[5] Le premier budget de M. Carney suscite des critiques mitigées alors que le Canada fait face à des vents contraires économiques

Publié dansfrançaisGénéralPolitique canadienne

Un seul commentaire

  1. brunopelletier70 brunopelletier70

    Effectivement, le Canada est bien placé avec la 2e superficie au monde. Avec une densité de population plusieurs fois MOINDRE que les autres plus grands pays, le Canada a fort probablement la plus grande moyenne per capita de réserves de ressources naturelles, autant non renouvelables que renouvelables, au monde. (Notamment des ressources énergétiques, comme vous le soulignez.) L’avenir économique du Canada, autant à court, moyen et long terme, s’annonce fort radieux.

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