Cet article a fait l’objet d’une republication dans le journal Le Devoir le 16 juillet 2025
L’économie américaine est l’économie la plus puissante du monde. On pourrait supposer que ses succès sont le résultat de bonnes politiques économiques. Mais, ceci n’est pas le cas actuellement. Les mesures qu’a annoncées Donald Trump depuis sa réélection auront pour effet de nuire à l’économie américaine et de lui faire perdre son statut de leadership à travers le monde.
Trump ne fait qu’autopeluredebananiser [1]son économie pour utiliser une expression chère à Jacques Parizeau. Ses politiques amèneront l’isolement par rapport au reste du monde. En ce qui a trait au Canada, sa proximité avec les États-Unis et l’abondance de ses ressources naturelles devraient en faire le meilleur allié. Mais, le Canada est considéré, comme d’autres pays, comme un abuseur ou un concurrent déloyal, selon les prétentions de Donald Trump.
Pourquoi les tarifs douaniers sont si élevés ?
La stratégie de Trump vise à mettre de la pression [2]sur ses partenaires commerciaux en leur imposant un court délai de négociation pour conclure un accord qui les forcerait à accepter des concessions majeures. Faute d’accord satisfaisant, l’alternative serait des tarifs douaniers exorbitants, de l’ordre de 25% à 40 %. [3]
Au centre de ces péripéties se retrouvent le financement de la Grande et Belle Loi (OBBBA) de Donald Trump.[4] L’actuel président des États-Unis pense donc tirer un avantage par un ultimatum et la menace d’imposition de ces tarifs pour financer sa loi qui sera très coûteuse.
Cette loi sera coûteuse parce qu’elle accordera des diminutions d’impôts aux plus riches, alors que 10 % des Américains les plus riches se verront accroître leurs revenus de 12 044 $ par an, et que 10 % les plus pauvres s’appauvriront de 1 559 $ par an. Elle augmentera substantiellement les dépenses miliaires et donnera accès à plusieurs mesures fiscales accessoires pour les citoyens et les entreprises.
Cette loi aura aussi pour effet d’ajouter 3 800 milliards de dollars US à la dette publique américaine qui est déjà l’une des plus élevées du monde, soit 34 000 milliards de dollars US. Comme autres sources de revenus, des économies substantielles seront aussi réalisées en coupant dans des programmes sociaux, dont Medicare, par l’élimination des subventions aux énergies renouvelables ainsi que l’imposition d’une taxe allant de 8 % à 18 % sur les nouveaux projets de production d’énergie renouvelable.
Pourquoi la stratégie de Trump ne fonctionnera pas
Le hic avec la stratégie de Trump est justement qu’elle n’apporte pas de distinction entre ce qui se passera à court terme et à long terme. Elle ne considère pas les ajustements structuraux qui seront conséquents des tarifs douaniers ou de l’augmentation de la dette.
Des analyses économiques effectuées sur l’OBBBA rapporte qu’elle provoquerait une croissance modérée du PIB américain pour les premières années de son application, [5] mais qu’elle ralentirait le PIB à plus long terme, en raison de l’augmentation de la dette et des taux d’intérêts élevés. Par exemple, selon l’université Yale, il y aurait une augmentation du PIB de 0,2 % par année entre 2025 et 2027, mais un ralentissement par la suite, de sorte qu’en 2054, le PIB serait de 3 % inférieur à ce qu’il aurait été sans la OBBBA.[6]
À cela, il faut considérer aussi l’impact des tarifs douaniers puisqu’ils seront nécessaires pour financer l’OBBBA. La plupart des études effectuées sur le sujet démontrent qu’ils sont généralement transférés aux consommateurs américains en générant plus d’inflation et en maintenant des taux d’intérêts plus élevés. Ceci aura aussi pour effet d’exacerber l’impact de la dette publique sur le développement économique.
Finalement, il faut aussi anticiper des ajustements de la structure des parts de marchés de la balance commerciale américaine. Les américains importeront de moins en moins en raison du prix plus élevés des produits importés et exporteront de moins en moins, en raison notamment des contre-tarifs imposés par les autres pays et leur volonté de diversifier leurs exportations.
L’économie américaine perdra son rôle de statut d’économie innovatrice
La philosophie du ‘Drill, Baby, Drill’ [7]illustre bien la volonté du gouvernement américain d’abandonner les secteurs de pointe qui ont contribué au succès de l’économie américaine, depuis longtemps située à la limite des frontières technologiques.
Mais ce statut est en voie d’être récupéré par la Chine qui a déjà pris une avance considérable dans plusieurs secteurs de pointe, notamment dans le secteur de l’énergie, des voitures électriques, les nouveaux matériaux et les technologies de l’information.
Le Drill, Baby, Drill implique un changement de paradigme; soit, l’un fondé sur le développement de nouvelles technologies à long terme; vers un autre fondé sur une croissance des ressources naturelles à court terme, comme c’est le cas pour plusieurs pays en voie de développement.
Toutefois, l’OBBBA prévoit l’abandon de tous les efforts effectués jusqu’à maintenant pour assurer la transition énergétique, et donc des technologies de pointe nécessaires. Le gouvernement américain abandonnerait aussi le financement de recherche et le développement dans les universités américaines qui a largement contribué au succès américain.
Conclusion
La stratégie trumpiste s’applique à court terme, alors que la croissance économique est quelque chose qui se planifie sur long terme. La coopération est préférable à la dissociation qui ne peut amener que l’isolement. C’est cet argument que nous devrions faire valoir aux négociateurs américains; celle d’une relation stable et fructueuse à long terme entre les États-Unis et ses alliés économiques. Or, une telle relation n’est pas possible si l’on considère le financement l’OBBBA par des tarifs douaniers.
Louis Bellemare
Économiste
[2] Donald Trump fit pression pour conclure des accords commerciaux avant mercredi, La Presse canadienne,
[3] Washington va imposer le 1er août des surtaxes douanières aux pays récalcitrants
[4] One Big Beutiful Bill, Un projet de loi critiqué à droite comme à gauche, La presse
[5] Que penser du One Big Beautiful Big Act, Desjardins, Francis Généreux, économiste principal, 13 juin 2025
[6] Long-term Impacts of the One Big Beautiful Bill Act, the budget lab, 6 juin 2025
[7] Investiture de Donald Trump; Que veut dire « Drill, Baby, Drill » son slogan de campagne répété lors de son discours, 20 minutes, 21 janvier 2025, Romarik Le Dourneuf


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