Cet article n’a pas fait l’objet d’une republication
Les résultats de la dernière élection fédérale
Un survol des résultats des dernières élections fédérale nous apprend que le taux de participation s’est élevé à 68,7 %. La situation est exceptionnelle parce que nous avons connu des taux plus faibles lors des dernières élections, de l’ordre de 60 % à 65 %. Il y a également une tendance à la baisse depuis le début des années 60. L’élection de 2025 a affiché le taux le plus élevé depuis 1993. [1]
Les résultats de 2025 s’expliquent par un contexte particulier. L’ingérence américaine y a joué un rôle important. Notamment, les politiques tarifaires du président Trump et ses remises en question de la souveraineté canadienne ont eu un impact. Comme quoi, un nouveau patriotisme canadien serait né et aurait eu pour effet de responsabiliser la population et de l’inciter à voter en plus grand nombre. [2]
Malgré tout, lors des élections fédérales de 2025, 8 927 964 électeurs inscrits sur les listes électorales n’ont pas voté, [3]soit presque l’équivalent de la population du Québec au complet (9,11 millions de personnes en 2024) ou l’équivalent de près de 80 députés, ce qui est énorme.
Considérant un si grand nombre de non votants, les résultats électoraux pourraient être différents si nous avions tous été obligés de nous présenter aux urnes, avec les conséquences que cela implique sur l’administration de la chose publique, comme l’adoption des lois et des règlements, l’élaboration de politiques et l’avenir de notre nation.
Les biais démocratiques
Plusieurs raisons expliquent pourquoi les gens s’abstiennent de voter.[4] Mais de façon générale, on voit bien que les individus ne se sentent pas tous aussi responsables vis-à-vis leur devoir de citoyen. On comprend qu’un vote individuel est marginal par rapport à des milliers d’individus et que le gain pris individuellement est à peine perceptible. Les gens agissent plutôt par éthique, par devoir, en se gardant la légitimité de pouvoir s’exprimer ou non lors d’une élection. [5]Le fait de ne pas voter serait tout aussi légitime vu sous l’angle de la liberté d’expression et de la moralité.
Malgré cela, on admet qu’un faible taux de participation peut apporter des biais démocratiques. Ce qui n’est pas une chose souhaitable pour l’élaboration de politiques publiques. Le processus électoral pose le dilemme d’avoir à arbitrer le droit individuel et le droit collectif. Et, bien que les individus puissent défendre leur liberté de s’exprimer ou non, les élections servent aussi de rempart pour défendre notre démocratie. Le vote pourrait ainsi être considéré comme un droit collectif où l’ensemble de la collectivité profiterait d’une plus grande représentativité au service du bien-être de tous les individus. Elle ne servirait pas uniquement une partie de ce groupe.
Par ailleurs, on observe aussi qu’un faible taux de participation modifie le poids électoral. Ce poids n’est pas le même pour tous les segments de la population. Par exemple, selon Élections Canada, le taux de participation augmente graduellement en fonction de l’âge (résultats de 2019). Il va de 53,9 % chez les 18-24 ans à 79,1 % chez les 65-74 ans. Ensuite, il descend à 68,6 % chez les 75 ans et plus. Cette tendance d’un taux de participation plus faible des jeunes a été observée à toutes les élections générales depuis 2004. Il en est de même pour les femmes qui affichent un taux plus important que celui des hommes.[6]
Doit-on se désoler de la sous-représentation des jeunes pour quelque chose qui les concernent au plus haut point ? Ceux-ci n’assurent-ils pas l’avenir de notre société ? Devrions-nous aussi nous surprendre si les partis politiques, pour des raisons stratégiques, présentent des programmes qui s’adressent avant tout à ceux qui votent, laissant en plan des groupes et des segments de notre société, parce que nous savons qu’ils n’iront pas voter ?
Plusieurs pays imposent à leurs citoyens l’obligation de voter
L’idée d’imposer l’obligation de voter n’est pas nouvelle et mériterait d’être approfondie pour le Canada. Plusieurs pays démocratiques l’imposent et ont réussi à accroître les taux de participation à plus de 80 % et même 90 %, dont la Belgique, la Grèce, le Luxembourg, le Brésil, la Bolivie, le Mexique, l’Argentine et plusieurs autres pays d’Amérique du sud. Il en existe aussi ailleurs dans le monde comme en Thaïlande, en Égypte, au Liban, ou en Australie. [7]
Le cas de l’Australie est intéressant parce qu’il s’agit d’un pays dont le régime politique se rapproche de celui du Canada. L’obligation de voter permet d’obtenir des taux de participation record qui oscillent entre 90 % et 95 % depuis 1920.
Louis Bellemare
[2] ULaval nouvelles, Trois questions sur la remontée du nationalisme canadien, Eric Montigny
[3] Élections Canada, Élection générale du 28 avril, résultats du vote
[4] Le Journal de Montréal, pourquoi certaines personnes ne votent pas ? François Dupuis-Déri
[5] The conversation, Voter ou ne pas voter, voici les raisons qui motivent les électeurs et ceux qui s’abstiennent, André Blais, chercheur
[6] Élections Canada, Estimation du taux de participation selon le groupe d’âge,
[7] L’édition du soir, Ces pays qui ont rendu le vote obligatoire, avril 2022


Oui obligatoire pour tous avec une incitation telle exemption d’impôt de base pour les seuls citoyens résidents.
Je suis d’accord de rendre le vote obligatoire, avec exemption fiscale oui et avec certaines règles.
Cette obligation pourrait être pour toutes les personnes de 18 à 65 ans en santé ( c’est large mais on ne peut pas demander aux personnes institutionnalisés d’être capable de le faire), les personnes hospitalisés et/ou agés serait libre de le faire et les prisonniers ne devraient pas voter. J’en passe mais en gros, faudrait l’entourer de règles.
Bonjour Louis,
C’est une bonne question en cette époque où la démocratie et ses institutions sont mises à mal partout dans le monde.
Chez les abstentionnistes, il y a, comme tu le notes, le sentiment chez certains que leur vote n’influence pas le résultat des élections (même si le cas récent de Laval-Les Îles a montré que au contraire un seul vote peut être déterminant). Pour d’autres, il y a la vieille idée selon laquelle, l’élection d’un parti ou d’un autre ne fait pas de différence en pratique puisque les engagements électoraux ne sont jamais respectés et que les politiciens sont tous corrompus. C’est évidemment faux, mais cela leur sert d’excuse commode pour ne pas voter. Il y a aussi le fait que même le citoyen le plus consciencieux a de la misère à se démêler dans les programmes des partis et dans la priorité à accorder aux différents enjeux de politique publique. Ne sachant à quoi s’en tenir, ils en arrivent à voter selon la personnalité des chefs plutôt que pour des programmes électoraux. Il y a encore, chez plusieurs, l’impression qu’aucun parti ne représente adéquatement leurs préférences. Enfin, il y a les nihilistes et les anarchistes qui rejettent d’emblée toute forme de gouvernement. Je me demande si forcer ces récalcitrants ou ces indifférents à voter apporterait vraiment une meilleure prise en compte du bien-être collectif? Il y aurait de fortes chances que plusieurs votent n’importe comment ou, comme cela arrive déjà, annulent leur vote.
Depuis la fondation du Canada, le 1er juillet 1867, le taux de participation a fluctué en gros entre 60 % et 80 %. Cela peut être interprété comme signifiant que bon an mal an, depuis 150 ans, les 2/3 de la population canadienne s’intéressent à la politique fédérale. Il faudra s’inquiéter le jour où le taux tombera en bas de 60 %, mais il faut aussi considérer qu’il sera difficile d’avoir des électeurs motivés et informés au-delà du seuil de 80 %.
Pour moi, c’est la multiplication des partis qui est le principal problème de ce régime constitutionnel fondé sur le bipartisme. Cela conduit à des gouvernements qui récoltent au mieux 40 % du vote populaire et sont souvent en position minoritaire au parlement. Malheureusement, je ne vois aucune solution satisfaisante permettant de résoudre ce problème.