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ACEUM : le plus grand risque, c’est notre dépendance au marché américain

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Note : cet article a fait l’objet d’une publication dans le journal Le Devoir le 7 juillet dernier

Plusieurs ont souligné l’insécurité économique suscitée par la décision des américains de ne pas reconduire l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) le 1er juillet dernier. Ceci est vrai, mais n’est pas une catastrophe en soi, contrairement à ce qu’ont pu rapporter certains médias.  

Selon les dispositions de cet accord, le 1er juillet était la date butoir pour que l’une ou l’autre des parties fasse connaître son intention de ne pas reconduire l’entente dans sa forme actuelle.  Devant un tel scénario, des négociations devront se tenir annuellement pendant les dix prochaines années afin de corriger certains irritants et possiblement d’adopter une entente définitive d’une durée de 16 ans.

Dans les faits, l’incertitude économique existe depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis depuis près d’un an et demi. La décision américaine n’apporte rien de nouveau dans le contexte actuel. Des négociations intermittentes ont déjà eu lieu et des concessions ont déjà été faites de la part du gouvernement canadien.  L’ACEUM n’a pas empêché non plus l’imposition des tarifs douaniers sectoriels de 25% et de 50% par les américains dans les secteurs de l’automobile, de l’aluminium, de l’acier et du bois.

Finalement, Trump a déjà indiqué il y a plusieurs mois ne plus vouloir de cette entente dans sa forme actuelle, bien qu’il l’ait initialement signée.

En bref, nous connaissions déjà depuis un certain temps la décision américaine qui n’a d’effet que d’assurer la continuité de ce que nous avons déjà connu.

La posture canadienne

Notons que le Canada est dans une bien meilleure position maintenant pour négocier si on se réfère à l’époque où Trump a été élu.

Ceci est vrai parce que le contexte politique a passablement évolué depuis, à la fois aux États-Unis au Canada. Le gouvernement de Carney jouit maintenant d’une majorité aux communes, montre plus d’assurance et de stabilité et prend une certaine expérience vis-à-vis le manque de crédibilité et les tactiques de négociations de l’administration Trump. Celle-ci est devenue impopulaire auprès de l’électorat américain pour toutes sortes de raisons, notamment par des mesures économiques qui ne donnent pas les effets escomptés. Les perspectives des prochaines élections de mi-mandat compromettent la force de négociation de l’équipe américaine. 

Quel est risque de ces prochaines négociations

Le point de vue américain (voir aussi l’article Peut-être devrions-nous faire sécher Donald Trump ? – IDÉATIONS)

La notion de risque implique toujours l’éventualité de gains ou de pertes. Les américains reconnaissent l’importante de créer une zone de libre-échange en Amérique du nord, et ont affirmé leur intention de maintenir un accord. L’intention américaine dans le cadre d’une entente idéale serait de pouvoir accéder au maximum aux ressources naturelles canadiennes, accroître l’accès des entreprises américains au marché canadien et de relocaliser certaines de nos entreprises à haute valeur ajoutée sur le territoire américain.

Étant donné l’intérêt, il reste peu probable qu’ils se prévalent d’une disposition prévue à l’ACEUM permettant à l’une ou l’autre des parties de se retirer complètement moyennant un préavis de six mois.

Le point de vue canadien

Pour sa part, la stratégie canadienne, visant diversifier les marchés des entreprises canadiennes semblent aussi porter ses fruits. On le voit par le nombre important d’ententes qui ont été signés depuis l’élection du gouvernement Carney et aussi par les chiffes de la balance commerciale. Les nouvelles économies industrialisées (NEI) dont celles de l’Asie, sont de nouvelles puissances économiques qui s’imposent de plus en plus et qui offrent des opportunités de marchés extraordinaires pour nos entreprises.

Le risque pour la partie canadienne est d’accorder aux américains ce qu’ils veulent avoir du Canada et de compromettre son développement futur à la lumière des nouveaux marchés d’exportations et de notre capacité d’industrialisation. Le Canada a tous les atouts pour assurer son développement. Il compte sur une population éduquée, des entreprises de classes mondiales ainsi que de grandes universités reconnues.

Les américains devront comprendre que le Canada n’est pas qu’un immense bassin de ressources naturelles. Le risque de ces négociations, c’est aussi de maintenir notre dépendance vis-à-vis les marchés américains et de compromettre notre développement futur.

Louis Bellemare

Published inÉconomie canadienneÉconomie québécoisefrançaisPolitique canadienne

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