Skip to content

Y a-t-il un avenir à Québec sans troisième lien ?

Avatar de Louis Bellemare

Note: ce texte a été publié sur les plateformes web du Journal de Québec/Montréal et TVA le 7 septembre 2026

Il semble parfois qu’il n’y a pas de solution pour résoudre des problèmes complexes, bien qu’en politique, nous soyons prisonniers du mythe portant à penser qu’il est possible de tout régler. Faut-il le dire, abandonner un projet n’est pas si sexy auprès de l’électorat. On continue de promettre des projets, de les repousser aux calendes grecques pour des raisons électoralistes, même si l’on sait pertinemment qu’il est difficile de les réaliser.   

L’historique du dossier du troisième lien en est un bon exemple. Ce qui n’était initialement qu’un énorme ballon politique promis par François Legault s’est transformé en une véritable boîte de Pandora pour les caquistes. Ce projet, abondamment politisé, a été le spectacle de nombreuses tergiversations, d’indécisions et de retours en arrière, alors qu’on aurait dû, malgré tout, se concentrer sur la faisabilité économique de ce projet qui est devenu une véritable nuisance politique.

Il faut admettre qu’il est particulièrement difficile d’en arriver à des consensus à Québec. Des intervenants de la Rive-Sud le réclament depuis des années. Ceux de la rive nord craignent une défiguration de leur milieu.  Des intellectuels de tout acabit s’y opposent pour des raisons diverses. La Caisse de dépôt ne recommande pas le projet. Les députés caquistes eux-mêmes, pourtant membres du parti politique qui le propose, peinent encore à s’entendre sur la localisation d’un tracé… après près de quinze ans de discussion.  

Devant cette valse d’hésitations, de contradictions et le manque de consensus, ce projet est-il vraiment réalisable ?

Pourquoi ne pas faire le projet

Mais, le scénario du statu quo ne s’impose pas pour des raisons politiques ou parce que certains groupes s’y opposent. C’est l’épreuve du temps qui l’impose pour plusieurs raisons.

Depuis la pandémie, construire un pont ou un tunnel d’une telle envergure implique des coûts astronomiques, de l’ordre de 10 milliards de dollars, probablement beaucoup plus.  La forte croissance des coûts de construction est une tendance lourde et mondiale, et plusieurs projets sont abandonnés en raison de leurs coûts trop élevés. [1] [2]On explique cette situation par la croissance du prix des matériaux, la rareté de la main-d’œuvre et les exigences techniques et environnementales qui sont de plus en plus contraignantes.  [3]Il existe une réalité :  construire de nouvelles infrastructures coûte très cher et on doit donc trouver des alternatives aux mega-projets dont les coûts sont vertigineux.

Parallèlement à cette situation, le gouvernement du Québec n’a pas d’argent. (voir excellent texte de Jean-Claude Coutier sur la situation budgétaire du gouvernement du Québec). Il doit composer avec des choix budgétaires beaucoup plus urgents et importants, comme par exemple la réfection des hôpitaux et des écoles, et même les routes existantes.  Il doit choisir entre investir pour garder ses infrastructures essentielles en bon état et investir dans de nouveaux projets de développement dont la pertinence peut même être discutable. L’Association des économistes québécois (ASDEQ) a d’ailleurs publié un mémoire à cet égard en exhortant le gouvernement du Québec à investir plus d’argent dans le maintien des actifs. [4] Dans un contexte de contrainte budgétaire, ceci limite la disponibilité des sommes pour la construction de nouveaux projets.

Quel avenir pour la région de Québec sans troisième lien ?

Pour imaginer Québec sans troisième lien, il faut d’abord s’interroger sur la nécessité d’en construire un. La Caisse de dépôt et placement du Québec (La Caisse) mandatée par le gouvernement du Québec a même conclu dans un rapport déposé en juin 2024 qu’il n’était pas justifié par le volume de circulation actuel, contredisant la volonté du gouvernement caquiste de réaliser ce projet.

Mais, ceci ne signifie pas qu’on ne puisse penser à d’autres actions structurantes et plus pertinentes pour Québec.  La présence du fleuve qui est une barrière naturelle au développement de la région l’a amené à se développer d’est en ouest et plus récemment vers le nord. Peut-on continuer ainsi ? Peut-on se développer sans aller vers le sud ?

C’est sur cette question que devraient se pencher les urbanistes et les planificateurs urbains. La Ville de Québec a entrepris de densifier l’habitat afin de contrer l’expansion urbaine. Par exemple, investir dans un plus grand nombre de logements en hauteur sur la rive nord, dont les besoins sont immenses, serait peut-être plus judicieux et moins coûteux que de construire un pont ou un tunnel de 10 milliards de dollars.  Les pôles économiques des grandes villes modernes sont de plus en plus éclatés. Peut-on planifier l’expansion de Québec en tenant compte de la localisation de ces pôles ? Depuis la pandémie, le travail à distance s’est imposé comme une solution structurante à la mobilité des personnes. Les gouvernements peuvent-ils planifier le travail à distance en tenant compte des problèmes urbains et de la congestion routière dans la région de Québec ?

Plusieurs solutions pourraient donc être envisagées et mises sur la table.

Louis Bellemare


[1] Global infrastructures leaders warn of threats to project delivery

[2] Transport structurant : presque tous les projets au pays ont largement dépassé leur budget initial

[3] Les grands chantiers publics pourraient coûter encore plus cher, Le journal Les Affaires

[4] Budget 2025-2026, Avis du comité des politiques publiques de l’Association des économistes québécois au ministre des Finances du Québec.

Publié dansÉconomie québécoisefrançaisGénéralPLC-région de QuébecPolitique québécoise

3 Commentaires

  1. Je pense qu’un 3e lien, pourvu qu’il soit à l’est, à hauteur de l’actuel pont de l’Île, apporterait des bénéfices en termes de sécurité, de développement économique, d’aménagement du territoire, de bien-être de la population et même d’environnement. Je reconnais cependant que, compte tenu de l’état des finances publiques, la réfection et l’entretien des infrastructures existantes est prioritaire. Mais ce n’est que partie remise. Tôt ou tard, le projet de 3e lien s’imposera, n’en déplaise aux Montréalais.

  2. Choisir entre la dure réalité de l’incompétence et de l’incurie des gouvernements et les licornes roses de la politique partisane. L’état des deux ponts en expliquant clairement pourquoi il faut les remplacer, s’impose en urgence. Cela risque de faire éclater à l’échelle mondiale l’amateurisme incommensurable de nos politiciens et grands administrateurs. https://flic.kr/s/aHBqjCJPeG

  3. Patrice Caron Patrice Caron

    Est-ce une idéalisation d’une ineptie Oui. Y a t-il moyen d’en faire abstraction? Oui. En avons nous les moyens? Non.

    Ne devrions nous pas plutôt entretenir ce que nous avons déjà? Absolument. Je crois que cette question doit être enterré pour longtemps. Quebec et sa région peut passer à autre chose.

Laissez un commentaire. Nous sommes impatients de savoir ce que vous pensez !